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Cie Philippe Saire
Av. de Sévelin 36
1004 Lausanne
Suisse

+41 21 620 00 12 info@philippesaire.ch

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Teaser Actéon

Le teaser de Actéon est dévoilà!
Réservation et infos: theatresevelin36.ch

Actéon, création 2018

La nouvelle pièce de Philippe Saire, Actéon, sera présentée au Théâtre Sévelin 36 du 14 au 25 novembre 2018.
Librement adaptée du mythe grec éponyme ; l’histoire de ce chasseur changé en cerf par la déesse Diane et déchiqueté par ses chiens. Centrée avant tout sur le mouvement, la pièce prend place dans l’univers fascinant, étrange et controversé de la chasse. Le mythe d’Actéon, tel qu’il est ici adapté, questionne de façon allégorique notre rapport au sauvage, une certaine « utopie de la nature » dont le discours du chasseur se fait l’emblème. Les notions de transgression, de métamorphose et de punition marquent ces allers-retours entre l’ordre physique et le merveilleux.

theatresevelin36.ch

Premières photos de Ether

Quatrième volet d'une série de pièces chorégraphiques en convergence avec les arts visuels, Ether aborde un nouvel aspect de notre perception visuelle : la versatilité des corps dans un espace en point de fuite et enfumé, à la frontière entre la présence et l'absence.

Avec Marthe Krummenacher et David Zagari

La pièce est présentée du 25 au 29 avril au Théâtre Sévelin 36, Lausanne. Infos et réservations: https://www.theatresevelin36.ch

Interview de Philippe Saire à Vertigo

Philippe Saire était l'invité de Pierre-Philippe Cadert dans Vertigo, sur La Première.

Il y parle de son rapport à la danse, et surtout de son dernier spectacle, Ether.

Ecouter l'émission: https://goo.gl/6mMdCF

Ether - le teaser est en ligne!

Quatrième volet d'une série de pièces chorégraphiques en convergence avec les arts visuels, ce duo joue sur un nouvel aspect de notre perception visuelle : la versatilité des corps dans un espace en point de fuite et enfumé, à la frontière entre la présence et l'absence.

25-29 avril, Théâtre Sévelin 36, réservations: theatresevelin36.ch
me & je 19h, ve & sa 20h, di 17h  ;  15.-/10.-

Les Sirènes - Avant-première à la Cinémathèque Suisse

La Cinémathèque Suisse et le Théâtre de Sévelin 36 proposent la projection en avant-première du nouveau court-métrage de Philippe Saire, le dimanche 11 mars à 19h15.

Après les Cartographies (2002-2012), cette œuvre initie une nouvelle série de vidéos-danse liés à des performances in situ. Chaque opus transcrit un " chant " de l'Odyssée d'Homère, prenant comme modèle la transposition qu'en fait James Joyce dans Ulysse : personnelle et contemporaine.
Dans le film qu’il réalise ici, Philippe Saire part d’une situation très concrète pour glisser peu à peu vers une appropriation très libre du mythe. Trois jeunes femmes en fin de soirée, à l’instar des Sirènes, trompent leur impossible paix et la violence de cet impossible en se métamorphosant en naufrageuses. Elles nous entraînent dans la quiétude des flots.
De Philippe Saire Avec Kim Ceysens, Maëlle Desclaux, Maïté Jeannolin

Casino de Montbenon Lausanne, dimanche 11 mars 2018, 19h15 (14 min)
Entrée gratuite, inscription conseillée
La projection est suivie d’une verrée ; précédée des spectacles de Oona Doherty et Edouard Hue.

Black Out, le film – Projection à Lausanne

Première publique de Black Out (2017, 17min), précédé de Vacuum (2016, 6min), dimanche 15 octobre 2017 à 11h, aux Galeries Pathé, Lausanne.
La projection est suivie d’une intervention de Stéphane Bouquet, écrivain et critique.

Loin de se résumer à de simples captations de spectacles, les travaux vidéos de Philippe Saire sont conçus comme des projets à part entière. Après plusieurs courts-métrages (Blind Date, [ob]seen, Faire Diversion, …), ainsi que la série Cartographies, qui se concentrait sur des chorégraphies in situ et était l’occasion de collaborer avec plusieurs réalisateurs de renom, ces deux films courts sont inspirées des spectacles éponymes. Ces derniers s’inscrivent dans une série en cours intitulée Dispositifs et explorant les frontières entre danse et arts visuels.

CUT revient à Lausanne dans le cadre du Programme Commun

Après une Première en novembre dernier, la dernière création de Philippe Saire entamait une tournée à Neuchâtel, puis Darmstadt pour une première allemande avant de passer par Berne et Bienne. Nous sommes très heureux que CUT revienne à Lausanne les 30, 31 mars et 1 avril 2017, et ce dans le cadre du Programme Commun – piloté par le Théâtre de Vidy et l’Arsenic.

Cette pièce chorégraphique pour 5 danseurs sera présentée au Théâtre de Sévelin 36 le jeudi 30 mars à 20h30, le vendredi 31 mars à 21h et le samedi 1 avril à 19h30. Réservations et informations sur le site du théâtre ou par mail.

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Actéon, création 2018

La nouvelle pièce de Philippe Saire, Actéon, sera présentée au Théâtre Sévelin 36 du 14 au 25 novembre 2018.
Librement adaptée du mythe grec éponyme ; l’histoire de ce chasseur changé en cerf par la déesse Diane et déchiqueté par ses chiens. Centrée avant tout sur le mouvement, la pièce prend place dans l’univers fascinant, étrange et controversé de la chasse. Le mythe d’Actéon, tel qu’il est ici adapté, questionne de façon allégorique notre rapport au sauvage, une certaine « utopie de la nature » dont le discours du chasseur se fait l’emblème. Les notions de transgression, de métamorphose et de punition marquent ces allers-retours entre l’ordre physique et le merveilleux.

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Premières photos de Ether

Quatrième volet d'une série de pièces chorégraphiques en convergence avec les arts visuels, Ether aborde un nouvel aspect de notre perception visuelle : la versatilité des corps dans un espace en point de fuite et enfumé, à la frontière entre la présence et l'absence.

Avec Marthe Krummenacher et David Zagari

La pièce est présentée du 25 au 29 avril au Théâtre Sévelin 36, Lausanne. Infos et réservations: https://www.theatresevelin36.ch

Interview de Philippe Saire à Vertigo

Philippe Saire était l'invité de Pierre-Philippe Cadert dans Vertigo, sur La Première.

Il y parle de son rapport à la danse, et surtout de son dernier spectacle, Ether.

Ecouter l'émission: https://goo.gl/6mMdCF

Ether - le teaser est en ligne!

Quatrième volet d'une série de pièces chorégraphiques en convergence avec les arts visuels, ce duo joue sur un nouvel aspect de notre perception visuelle : la versatilité des corps dans un espace en point de fuite et enfumé, à la frontière entre la présence et l'absence.

25-29 avril, Théâtre Sévelin 36, réservations: theatresevelin36.ch
me & je 19h, ve & sa 20h, di 17h  ;  15.-/10.-

Les Sirènes - Avant-première à la Cinémathèque Suisse

La Cinémathèque Suisse et le Théâtre de Sévelin 36 proposent la projection en avant-première du nouveau court-métrage de Philippe Saire, le dimanche 11 mars à 19h15.

Après les Cartographies (2002-2012), cette œuvre initie une nouvelle série de vidéos-danse liés à des performances in situ. Chaque opus transcrit un " chant " de l'Odyssée d'Homère, prenant comme modèle la transposition qu'en fait James Joyce dans Ulysse : personnelle et contemporaine.
Dans le film qu’il réalise ici, Philippe Saire part d’une situation très concrète pour glisser peu à peu vers une appropriation très libre du mythe. Trois jeunes femmes en fin de soirée, à l’instar des Sirènes, trompent leur impossible paix et la violence de cet impossible en se métamorphosant en naufrageuses. Elles nous entraînent dans la quiétude des flots.
De Philippe Saire Avec Kim Ceysens, Maëlle Desclaux, Maïté Jeannolin

Casino de Montbenon Lausanne, dimanche 11 mars 2018, 19h15 (14 min)
Entrée gratuite, inscription conseillée
La projection est suivie d’une verrée ; précédée des spectacles de Oona Doherty et Edouard Hue.

Black Out, le film – Projection à Lausanne

Première publique de Black Out (2017, 17min), précédé de Vacuum (2016, 6min), dimanche 15 octobre 2017 à 11h, aux Galeries Pathé, Lausanne.
La projection est suivie d’une intervention de Stéphane Bouquet, écrivain et critique.

Loin de se résumer à de simples captations de spectacles, les travaux vidéos de Philippe Saire sont conçus comme des projets à part entière. Après plusieurs courts-métrages (Blind Date, [ob]seen, Faire Diversion, …), ainsi que la série Cartographies, qui se concentrait sur des chorégraphies in situ et était l’occasion de collaborer avec plusieurs réalisateurs de renom, ces deux films courts sont inspirées des spectacles éponymes. Ces derniers s’inscrivent dans une série en cours intitulée Dispositifs et explorant les frontières entre danse et arts visuels.

CUT revient à Lausanne dans le cadre du Programme Commun

Après une Première en novembre dernier, la dernière création de Philippe Saire entamait une tournée à Neuchâtel, puis Darmstadt pour une première allemande avant de passer par Berne et Bienne. Nous sommes très heureux que CUT revienne à Lausanne les 30, 31 mars et 1 avril 2017, et ce dans le cadre du Programme Commun – piloté par le Théâtre de Vidy et l’Arsenic.

Cette pièce chorégraphique pour 5 danseurs sera présentée au Théâtre de Sévelin 36 le jeudi 30 mars à 20h30, le vendredi 31 mars à 21h et le samedi 1 avril à 19h30. Réservations et informations sur le site du théâtre ou par mail.

Actéon spectacle En tournée ×

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PREMIERE AU THEATRE SEVELIN 36 (LAUSANNE)
14 AU 25 NOVEMBRE 2018.
RESERVATION ->theatresevelin36.ch

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ME 14 NOV 19:00

JE 15 NOV 19:00 - Bord de scène modéré par Cécile Dalla Torre
VE 16 NOV 20:00 - Intro au spectacle par Philippe Saire
SA 17 NOV 20:00 - Vins Vivants, repas de chasse et DJ set de DASKO (Berlin)
DI 18 NOV 17:00 - Lecture de Roland Vouilloz musique Dragos Tara, 15h30
ME 21 NOV 19:00
JE 22 NOV 19:00
VE 23 NOV 20:00
- Intro au spectacle par Philippe Saire
SA 24 NOV 20:00
DI 25 NOV 17:00
- Conférence/discussion avec David Bouvier (CH) et Sergio Dalla Bernardina (FR), 15h
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Pièce chorégraphique de Philippe Saire pour 4 danseurs, Actéon adapte librement le mythe grec éponyme ; l’histoire de ce chasseur changé en cerf par la déesse Diane et déchiqueté par ses chiens.
Centrée avant tout sur le mouvement, la pièce prend place dans l’univers fascinant, étrange et controversé de la chasse. Le mythe d’Actéon, tel qu’il est ici adapté, questionne de façon allégorique notre rapport au sauvage, une certaine « utopie de la nature » dont le discours du chasseur se fait l’emblème.


Très souvent, pour moi, un projet futur dépend des précédents ; se positionne en continuité, en réaction ou trouve sa source dans des idées esquissées car n’étant pas prioritaires, ou dont le potentiel perdure. Ces éléments resurgissent, s’alimentent, deviennent nécessités.
Après plusieurs pièces dans lesquelles la scénographie prenait une place importante, je veux dans celle-ci revenir aux corps comme principaux vecteurs : concentrer le travail sur une écriture élaborée et sensible du mouvement, et sur l’interprétation des danseurs. Des axes auxquels j’ai toujours accordé une grande importance, et auxquels je veux là redonner priorité.
Plateau nu.
Je me penche ici sur le mythe d’Actéon et l’univers de la chasse, et je veux élaborer la pièce avec un protocole affichant la fabrication des images et des actions.
Par fabrication, j’entends un traitement qui adresse ostensiblement une danse ou une image au public, puis la démonte, en échafaude une autre, joue la rupture... Sans s’empêcher de plonger dans une séquence plus développée et d’entrer dans la sensation. Il s’agit de jouer sur cette béance entre ce qui se construit sous nos yeux et l’immersion sensible qui est déployée. Au final, de pousser dans ses retranchements cette convention magnifique de la scène qui fait qu’on est d’accord d’y croire.


La version la plus connue est celle d’Ovide, dans les Métamorphoses :
Actéon, célèbre chasseur, au retour d’une chasse, s’égare dans les bois et tombe par hasard sur la déesse Diane en train de se baigner avec ses nymphes. Furieuse d’être exposée au regard d’Actéon, et n’ayant pas d’arme à portée de main, elle plongea la main dans le bassin et jeta de l’eau sur le visage et les cheveux d’Actéon. « Maintenant va raconter que tu m’as vue sans voile, si tu le peux, j’y consens », lui dit-elle.
Actéon sera incapable de raconter la chose, car il perd entièrement l’usage de la parole. Des cornes se mettent à pousser sur son front; ses bras se transforment en jambes, ses mains en pattes, sa peau en cuir. Métamorphosé en cerf, il s’enfuit dans la forêt. La seule chose qu’il lui reste de sa personnalité précédente est sa conscience de soi. Tandis qu’il s’élance dans la forêt, il entend au loin ses chiens assoiffés de sang lui courir après. Le chasseur est chassé. Au moment où sa meute fond sur lui, Actéon veut rappeler ses chiens et crier: « Je suis Actéon! Reconnaissez votre maître ! » Mais les chiens ne reconnaissent qu’un cerf et se jettent sur lui avec une impitoyable férocité, le lacèrent et le mettent en lambeaux.
Les interprétations du mythe sont multiples et certaines versions diffèrent de celle d’Ovide, qui a lui-même adapté une tradition orale. Dans son interprétation paraissent essentielles les idées de transgression, de métamorphose et de punition, qui sont au cœur du mythe.
Nulle volonté, dans la pièce de Philippe Saire, de se borner à illustrer la version ovidienne, mais plutôt de s’intéresser aux thèmes qu’elle aborde.
De nouvelles perspectives s’ouvrent en pensant Diane comme matrice, matière et forêt elle-même, comme l’esprit des forêts qui donne naissance à une multiplicité d’espèces et de formes qui gardent toutes leur parenté originelle avec le réseau de correspondances matérielles qui anime la forêt.
De surcroît, inclure dans cette parenté originelle les hommes qui pénètrent dans la forêt permet de traiter de manière particulière le mythe d’Actéon, de cet homme qui, par retournement, rejoint le camp des animaux (ceux-là même qu’il vient de massacrer). Le moment ultime de sa transgression.


Les Métamorphoses en général, et cette histoire en particulier, utilisent le trope de la métamorphose pour exprimer une philosophie matérialiste de la réalité, selon laquelle toutes les substances concrètes sont issues de la même matière originelle. Dans le monde mythique d’Ovide, toutes les espèces vivantes restent intimement liées les unes aux autres car elles sont le fruit des mêmes entrailles. La possibilité qu’une créature se métamorphose en une autre renvoie à cette commune nature matérielle sous-jacente. La métamorphose elle-même (du grec meta et morphê, changement de forme) est une sorte de naissance, ou de renaissance, dans la mesure où une forme matérielle retourne à sa matrice pour endosser une nouvelle forme. Cette parenté préformelle de la création entière, qui permet aux êtres humains de se transformer en animaux, en arbres, en fleurs et autres phénomènes de la forêt, est le thème matérialiste récurrent des Métamorphoses. 
Cette histoire provoque un effet saisissant sur le lecteur, car tandis qu’Actéon perd littéralement son allure anthropomorphe, le cerf qu’il devient s’humanise. Maintenant qu’Actéon s’est transformé en cerf, nous pouvons ressentir son destin cruel, comme s’il était un être humain. Les oppositions s’effondrent. Le monde révèle ses faux-semblants, ses incontestables faux-semblants.
Comme Actéon, nous sommes forcés d’admettre que les formes du monde sont transitoires, illusoires et réversibles. Toutes les choses, quelles que soient leurs natures formelles, viennent d’une nature plus primitive. Telle fut la révélation terrifiante qui s’offrit à Actéon, ce jour-là, dans les forêts, où il eut l’ambigu privilège de voir la dea silvarum nue.


Au départ du projet, il y a cette volonté de travailler sur la fabrication. C’est une notion qui m’est chère, intellectuellement et émotionnellement. Il s’agit d’un traitement jouant sur la distanciation, en montrant comment les actions et images se construisent et se déconstruisent, en les interrompant, en les adressant parfois au public. En parallèle, et c’est essentiel, je veux aussi par moments quitter la mise à distance et permettre une immersion totale dans les sensations, tant pour le spectateur que pour le danseur. Ces allers et retours vont permettre d’installer une étrangeté et un code particulier à toute la pièce. Le procédé va également permettre de donner une légèreté de traitement à un mythe qui contient beaucoup de tragique.
Il s’agit également de travailler à ce que les images et actions soient comme dé-familiarisées, que l’on puisse se trouver dans cet état où l’on reconnaît quelque chose sans pouvoir vraiment l’identifier. Travailler sur le simulacre : « ça fait penser à... mais ce n’est pas tout à fait ».

Le simulacre n’est pas une copie dégradée, il recèle une puissance positive qui nie et l’original et la copie, et le modèle et la reproduction. C’est le triomphe du faux prétendant.  Michel Foucault, Logique du Sens

Travailler plateau nu, cela signifie pour moi redonner de l’importance aux interprètes, à l’interprétation, et à une primauté réactivée de l’écriture. Je souhaite travailler à partir du sensible et de la sensation, chercher comment les garder vivants dans l’écriture et activer ainsi les mêmes éléments chez les spectateurs. Ce qui peut sembler une évidence pour toute danse prend ici pour moi allure de prépondérance.
Il s’agit d’accéder à ce qu’il y a derrière l’imagerie du chasseur, de travailler sur le dévoilement et l’intime, les failles et bousculements des corps. Cet endroit muet de l’humain, qui ressemble au silence de l’animal.


Plateau nu, c’est un choix, celui d’un recentrage sur la danse et l’interprète.
Je veux cependant générer un espace inspiré de la forêt, en donner certaines composantes sans chercher à la représenter. Espace mouvant entre zones d’ombres et taches de lumières, espace désorientant où l’on se perd aisément au point de pouvoir repasser au même endroit sans s’en rendre compte.
Pratiquement, je vais utiliser des projecteurs LED sur batterie, qui seront maniés par les danseurs au long de la pièce, perpétuant par ces manipulations le système de fabrication qui sera dans le reste du traitement.
Il y a bien sûr le désir de réaliser une bande-son qui s’inspire des bruits et bruissements de la chasse et de la forêt. Comme pour l’espace, l’idée n’est pas de chercher la reproduction, mais de rester dans le simulacre.
Il y a aussi le désir que les corps produisent des sons issus de l’action, de l’essoufflement, des bruissements. Le désir que la danse sorte de l’artifice du silence, que le son remplace l’effet de « gros-plan » du cinéma, participe au dévoilement de l’intime.


Quand des coutumes subsistent, la cause s’en trouve moins dans la viscosité historique que dans la permanence d’une fonction que l’analyse du présent doit permette de déceler.  Claude Levi-Strauss

Lieu d’expériences initiatiques, de pèlerinage, de fête… un dénominateur commun: la nature est utilisée pour mimer le retour au temps du mythe [...] si la nature sauvage et mystérieuse n’existait pas, il nous faudrait l’inventer. C’est bien d’ailleurs ce que nous faisons chaque jour. Sergio Dalla Bernardina, L’utopie de la nature

C’est donc dans l’univers fascinant, étrange et controversé de la chasse contemporaine que prend corps cette mise en scène d’Actéon. Il s’agit d’un monde marqué par une forme d’ambivalence, un paradoxe, une forme d’artificialité. Les pratiques de la chasse relèvent du simulacre, et l’univers dont elles participent est comme un ovni dans le panorama contemporain : intriguant et décalé. Il doit donc forcément être le miroir de quelque chose d’autre, ou dont on peut charger le reflet d’un contenu plus proche de notre époque.
Plonger dans l’univers de la chasse, c’est plonger dans la résurgence de mythes, de légendes et de rites ; c’est être précipité dans la forêt, lieu majeur de la chasse en Occident. A la fois proche et lointaine, elle est le lieu du mystère et de la perte des repères, du danger, lieu du sauvage. Le sauvage, l’animal, c’est ce que traque le chasseur – par une attention aux moindres indices et par les affuts. Une immersion dans la forêt qu’il dit s’apparenter à une communion à l’animal. Bertrand Hell, dans Sang Noir, va jusqu’à faire un parallèle entre le sang noir bouillonnant des grands cerfs en rut et la montée d’adrénaline du chasseur, le Jagdfieber, cette fièvre qui s’empare de lui et a donné naissance à de nombreuses légendes.

Si le désir d’ensauvagement est bien une tentative de transcendance de son quotidien, le chasseur, avec tout son attirail, devient surtout idéal pour interroger notre relation complexe à l’animal et au sauvage. Rapport à l’étrangeté de l’animal, à l’inconnu, à l’instinct et au non policé, à la prédation, au lâcher-prise, à notre place dans la nature... autant d’éléments qui questionnent beaucoup d’entre nous.

A quel besoin répond la quête de cette dimension symbolique pour ces hommes qui, à dates fixes, circulent armés dans nos lieux de promenade en trimbalant, l’air sérieux, des cadavres d’animaux. Ils se fabriquent un monde parallèle, le temps de quelques jours... puis retournent à leur vie quotidienne.
Je veux dépasser la figure du chasseur pour approcher l’homme, fragile et instable, qui joue à l’incarner. Chercher ce qui lui manque pour qu’il se réfugie dans une telle invraisemblance. Quel désarroi faut-il pour devenir chasseur ? Ou pour ne pas le devenir ? Ou pour chasser d’autres choses ?


Longtemps, très longtemps, il observe les proies, leurs précautions excessives, l’absence de méfiance. Il sent que l’on veut lui faire jouer un rôle. Il a l’impression d’avoir été lui aussi acculé à un piège. Nulle part, il ne peut fuir. (...) Quand sa fureur prend fin, il a abattu trois mâles et six femelles. Les faons -plus rapides- ont fui. Le train arrière d’une biche à l’agonie tressaute. (...) Il faudrait qu’il achève la biche, qu’il s’assoit, qu’il respire, qu’il comprenne ce qui s’est passé, qu’il décide quoi faire de tant de viande, qu’il calme le tremblement de ses mains, qu’il soit foudroyé à l’instant, qu’il ne se soit pas levé ce matin, que l’arme se soit enrayée, que le fusil ait explosé en lardant d’éclats ses yeux, qu’un cerf l’ai piétiné, qu’il ait glissé, que son cœur se soit arrêté de battre, que ses mains se soient paralysées, que les questions s’arrêtent, qu’il se réveille, que tout ceci soit un cauchemar, qu’il apprenne à combattre la rage en lui, qu’il sache résister, qu’il renonce à la chasse, qu’il ne réagisse pas comme un chien endêvé flairant le sang, que rien ne se soit déroulé pour de vrai, que ce ne soit pas vrai, oh, non, pas vrai, pense-t-il alors que les larmes s’accumulent. Il n’a pas le souvenir d’avoir pleuré depuis des dizaines d’années, alors il pleure, hébété, stupide, ahuri, il pleure enfin ce qu’il n’a pas pleuré autrefois : la mort de son épouse, la rupture d’avec ses enfants, sa vie, il pleure mille fois ce qu’il aurait dû pleurer depuis si longtemps. Il pleure, l’idiot, sans que ses larmes viennent regonfler les poumons vidés des animaux, sans que son chagrin ne vienne redonner du mouvement à ce que la sottise de ses balles a rigidifié. Il pleure et il sait qu’il rentrera seul chez lui, qu’il prendra enfin la douche reportée, qu’il caressera le chat machinalement et qu’il n’avouera jamais à quiconque ce qui s’est passé dans la forêt. ?Il marche, dans son dos une biche n’en finit plus d’agoniser, les faons enfuis mourront de faim de n’être plus guidés, des animaux vont pourrir, être tailladés par des charognards, être lavés de leur chair, devenir d’énigmatiques os qui témoigneront qu’une chose terrible s’est déroulée au pied de la falaise. Il ne mangera même pas leur viande. Il ne souhaite que la brûlure qu’une chose terrible s’est déroulée au pied de la falaise. Il ne mangera même pas leur viande. Il ne souhaite que la brûlure d’une douche, comme si l’eau pourrait encore nettoyer ses blessures profondes, il marche dans l’odeur de la mort.


Concept et chorégraphie
Philippe Saire


Chorégraphie en collaboration avec les danseurs
Gyula Cserepes, Pierre Piton, Denis Robert, David Zagari


Assistanat à la création
Chady Abu-Nijmeh


Création lumières
Philippe Saire, Vincent Scalbert


Création sonore
Stéphane Vecchione


Costumes et accessoires
Julie Chapallaz, Nadia Cuénoud


Direction technique
Vincent Scalbert


Régie son
Basile Weber


Design graphique et photographies
matière grise | Philippe Weissbrodt


Vidéo
Pierre-Yves Borgeaud


Soutiens et partenaires
Ville de Lausanne, Canton de Vaud, Pro Helvetia, Loterie Romande, Fondation de Famille Sandoz, Ernst Göhner Stiftung. La Cie Philippe Saire est compagnie résidente au Théâtre Sévelin 36, Lausanne.


↳ PHOTOS HD
↳ FICHE TECHNIQUE

Dates à venir

Lausanne (CH)
14.11.2018
25.11.2018
Lausanne (CH)
06.02.2019
07.02.2019
Wiesbaden (DE)
14.03.2019
15.03.2019